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Bienvenue sur Déliciosa

(Roman)



BERNARD VIALLET














BIENVENUE SUR DELICIOSA


















***

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L’avenir est ce qu’il y a de pire dans le présent.

(Gustave Flaubert)

L’avenir est un paradis d’où, exactement comme de l’autre, personne n’est encore revenu.

(Paul Reverdy)

L’avenir est un miroir sans glace.

(Xavier Forneret)






A Joëlle, Emmanuelle, Marianne et Benoît.













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Chapitre I



Dans l’immense hall d’attente du nouveau Spatioport de Boissy Charlton Easton, John Slim Kwick attendait calmement le moment d’embarquer. Il avait déjà fait enregistrer sa flight case au comptoir de la compagnie interstellaire World Space par un charmant cyborg femelle de type asiatique qui lui avait souhaité « un excellent voyage » d’une voix melliflue. John lui avait souri machinalement, mais sans chaleur aucune. Il ne pouvait s’empêcher de se rappeler le charme des hôtesses de l’air en chair et en os qu’il avait connues lors des lointains voyages aériens de son enfance. C’était une tout autre époque. Maintenant que le XXIIème siècle était bien entamé, la conquête de l’espace avait fait de spectaculaires bonds en avant. Depuis longtemps déjà, l’homme avait colonisé la Lune et puis Mars, satellite et planète peu hospitaliers et uniquement dédiés à l’exploitation de ressources minières. Ceux qui partaient là-bas n’y allaient jamais pour leur plaisir.

Puis, coup sur coup, astronomes et cosmonautes découvrirent trois merveilles dont l’humanité n’osait même plus rêver. Ces trois planètes étaient situées en dehors de notre système solaire et permettaient des conditions de vie très proches de celles de la terre. Atmosphère, température, eau, climat, végétation, vie animale, tout semblait très ressemblant et même plus confortable que sur notre vieille planète qui n’en pouvait plus de surpopulation, surexploitation des ressources naturelles, pollution et catastrophes en tous genres. Somptuosa, Voluptuosa et Déliciosa, les trois planètes paradisiaques en question étaient malheureusement situées à des années-lumière de la nôtre et il fut longtemps inimaginable de s’y rendre en utilisant les moyens classiques jusqu’au jour où l’on perfectionna enfin la propulsion neutronique. Mais il fallait encore 35 ans de voyage pour la plus proche et 50 pour la plus lointaine…

Jusqu’au jour où un certain Franklin Oppenheim Junior IV de l’Université de Georgina Tech réussit à mettre au point sa technique de RTT (Réduction temporelle transitionnelle) qui permettait, grâce à un procédé très sophistiqué de ralentissement moléculaire de la masse corporelle humaine, de ramener un voyage interstellaire de trente ans à trois jours. Sans démonter plus complètement le processus déjà fort difficile à appréhender par un scientifique, contentons-nous de dire que cette RTT consistait à placer le voyageur cosmique dans une sorte d’hibernation provisoire, de ralentissement des fonctions biologiques et de blocage du processus de vieillissement de l’organisme pour lui faire franchir plus rapidement les immensités de l'espace. En temps absolu, le voyage durait sans doute 30 à 50 ans, mais en temps relatif, l’organisme, arrêté à un instant T, n’en subissait qu’une infime partie. Inutile d’en dire davantage sur ce sujet. Ceux qui n’ont pas compris ou qui veulent en savoir plus ont toujours la possibilité d’interroger les savants sur les forums de Science-Vision ou de visiter les sites spécialisés de l’Infosphère.

En un rien de temps, disons moins d’une vingtaine d’années, ces trois perles de planètes furent colonisées. Au tout début, les riches s’en octroyèrent, comme de coutume, la part du lion. Ils furent suivis par de moins aisés qui s’y établirent plus modestement et finalement par les quelques pauvres dont les deux premières classes sociales avaient encore besoin pour exécuter les tâches ingrates ou répétitives non dévolues aux robots ou aux cyborgs. Très vite, Déliciosa se révéla être un véritable petit paradis pour touristes. D’énormes campagnes de publicité lui firent une réputation flatteuse. Elles vantaient son agréable climat ensoleillé et son atmosphère d’une rare pureté. Sur terre, les bouleversements climatiques avaient transformé une immense bande de territoire allant de la latitude de New York à celle de Brasilia en une fournaise invivable. Sur Déliciosa, il régnait une douce température de 25 à 28° toute l’année. L’eau de la mer et des fleuves, l’air, la nuit, le jour, tout n’était toujours que délice. Les plantes comestibles, les arbres fruitiers exotiques et autres poussaient partout sans le moindre travail. Aucun animal sauvage, aucune maladie, aucun virus. La planète ne connaissait ni tremblement de terre, ni cyclone, ni inondation, ni incendie. On pouvait y pratiquer tous les sports, toutes les activités dans le cadre enchanteur d’une nature presque vierge. L’activité la plus recherchée restait le ski qu’on ne pouvait plus se permettre sur Terre que dans l’Himalaya et encore bien au-dessus de 6000 mètres, toutes les autres chaînes de montagnes du globe ayant perdu leur manteau neigeux depuis très longtemps.

Un robot distributeur d’info passa à proximité de John. Pour quelques centimes de dolros directement débités par l’intermédiaire de sa puce de paiement, il lui rechargea sa News-board, sorte de petite tablette grâce à laquelle il pouvait lire un livre, écouter de la musique, regarder un film ou s’informer des dernières nouvelles de la galaxie. Sur son système de roulettes, le petit robot s’éloigna en clignotant et en se signalant aux clients avec des : « News of the Universe… Ladies and gentlemen, News of the Universe… » d’une voix un peu trop synthétique. John rabattit ses lunettes casques sur ses yeux et sur ses oreilles pour prendre connaissance des dernières nouvelles du monde. Il avait assez de temps devant lui, les news ne duraient en général que dix minutes et son passage en RTT venait de s’afficher pour dans un quart d’heure.

Les infos commencèrent par le climat et sa longue suite de catastrophes, puis par des révoltes de la faim en Chine, une guerre civile au Proche Orient et surtout des faits divers. En Suisse, une femme avait réussi à avoir trois enfants par les voies naturelles, c’est-à-dire totalement illégalement et un groupe de rebelles au Nouvel Ordre Spatial avait été découvert au fin fond du Massif Central. Ces gens-là osaient vivre du produit de la terre, sans électricité ni téléphone ni la moindre puce électronique. Ils avaient été incarcérés immédiatement et la soi-disant « ferme biologique » passée au lance-flammes. Déjà lassé par une actualité aussi banale, John n’écouta pas la suite, il bascula sur son programme de musique planante préférée, des chimes and bells, autrement dit des tubulures et clochettes musicales, quelque chose d’éthéré vaguement tibétain mais très relaxant. Qu’il était content de quitter cet univers frelaté ! Quelle chance il avait eu d’avoir été choisi pour ce voyage sur Déliciosa ! Ah, comme il allait se régaler… La planète n’était pas seulement célèbre pour ses paysages et son climat, mais également pour la richesse et la succulence de sa nourriture. « Sur Déliciosa, disait un slogan, on s’en met jusque-là ! » et se taper la cloche, Slim Kwick n’était pas contre.

Il s’enfonça dans son fauteuil en songeant à tous les délices dont il allait profiter. Cela allait le changer de la vie de fou qu’il avait dû mener dans la mégalopole américano-canadienne qu’il quittait. Vingt ans qu’il était traqueur, John Slim, vingt ans qu’il vivait n’importe comment, couchait n’importe où dans des motels crados (souvent) ou des palaces somptueux (rarement), vingt ans qu’il se sustentait de pilules ou de poudres protéinées infectes. Elles devenaient de plus en plus rares les bonnes adresses de restaurants, de plus en plus chers les bons repas. Et puis ce n’était pas une vie de pourchasser les déviants. C’était lassant de traquer ces femmes et ces hommes qui voulaient encore avoir des enfants naturellement, qui refusaient de passer sous les fourches caudines des inséminations et des manipulations de laboratoires. Mais le traqueur de police n’avait pas à faire de sentiments, il était là pour faire appliquer la loi. Et celle-ci disait que toute procréation naturelle était devenue illégale et qu’aucune famille ne pouvait avoir plus d’un enfant. Il fallait arrêter la pullulation humaine et là-dessus le gouvernement mondial ne plaisantait pas. Son deuxième axe de travail l’amenait à rechercher tous les déviants sociaux, tous ceux qui cherchaient à s’affranchir du système en vivant d’expédients plus répugnants les uns que les autres. On les appelait les non marqués, car ils ne l’avaient pas été à la naissance et avaient toujours refusé de se faire implanter sous la peau quelque puce électronique que ce soit.

Un sale boulot que celui de courir après les « non marqués » et les « lapines ». John en avait sa claque d’autant plus qu’il n’y trouvait plus aucun plaisir. Sa propre vie ne lui apparaissait plus que comme un grand vide, un vaste néant. Il avait eu une compagne qui n’était restée que trois ans avec lui. Lassée d’attendre un homme toujours absent, elle avait fini par faire ses bagages pour ne plus jamais revenir. N’ayant pas pu procréer, John se retrouvait seul, sans avenir et pas loin de la déprime… Jusqu’au jour où son patron l’avait appelé dans son bureau.

— C’est au sujet de ta demande de congés. Tu bosses tellement que tu as accumulé pas mal de capital temps… Où avais-tu demandé à séjourner ?

— Sur Déliciosa, mais je sais que c’est particulièrement difficile à obtenir…

— Les places sont en principe tirées au sort et les heureux élus sont rares. Quand on en a un par an dans un service, c’est un joli résultat… dit le boss en le regardant bizarrement.

— L’an dernier, ça a été le tour de Dalton, remarqua John. Il s’est tellement plu sur Deliciosa qu’il y est encore.

— Le bougre va y dépenser par anticipation le capital congé de l’ensemble de sa carrière, plaisanta son chef. Il faut dire que c’est le paradis là-bas. Tous les loisirs, tous les plaisirs, des hôtels, des restaurants de luxe… c’est « Sex, drugs and Rock n' Roll… » tous les jours !

— Dalton m’a envoyé un mail pour me raconter qu’il avait rencontré une Déliciosienne et qu’ils allaient se marier…

— Depuis combien d’années postulez-vous, Kwick ?

— Cinq ans, mon commandant, répondit John.

— Eh bien, le gouvernorat a dû penser que vous aviez assez attendu. C’est votre tour. Vous êtes inscrit sur le prochain listing de départ. Voici votre billet.

John l’aurait volontiers embrassé, mais l’autre n’aurait pas apprécié…


Peu à peu, le salon d’attente s’était rempli d’une majorité d’hommes d’âge mûr. Aucun enfant, une poignée de femmes dans la cinquantaine, très peu de jeunes, juste des filles ou fils à papa vaguement jet setters et un couple de personnes âgées d’allure plus que modeste. Ils étaient touchants ces deux petits vieux. Ils se tenaient par la main. Pour eux, ce voyage vers Déliciosa devait représenter énormément. Quelque chose comme un second et ultime voyage de noces. Toute une vie d’économies et de petits sacrifices avait dû être nécessaire pour payer les deux billets aller. Bien qu’ayant relativement beaucoup baissé, les prix des voyages interstellaires étaient encore terriblement élevés. Heureusement la « Holding Internationale » qui gérait les trois planètes paradisiaques souhaitait attirer à elle un maximum de personnes solvables. Elle avait trouvé une astuce commerciale démoniaque : à l’aller, elle ne demandait que le tiers de la valeur du titre de transport. Résultat : rares étaient celles et ceux qui embarquaient avec un aller et retour. John n’avait pas échappé à la règle. Non qu’il envisageât de finir ses jours dans un lieu qu’il ne connaissait pas. Il s’était contenté de vendre tous ses biens, le véhicule à hydrogène, l’appartement, les meubles et même l’ensemble de son matériel électronique intransportable. Ainsi il pensait disposer d’un pécule suffisant pour voir venir. Séjourner dans cet éden le plus longtemps possible et après, seulement après, envisager un éventuel rapatriement. Il s’était juré de ne jamais toucher à l’argent du billet retour…

Et puis, on ne savait pas. Le dolro pouvait prendre de la valeur ! La monnaie mondiale, née de la fusion du dollar et de l’euro, les deux plus puissantes devises du siècle précédent, ne cessait de perdre de la valeur. Les dettes des différents pays de la zone dolro que venaient juste de rejoindre la Grande-Bretagne et la Suisse, ne cessaient de s’accroître, laissant aux rares pays extérieurs la charge de les éponger en accumulant des traites en monnaie de singe. On n’en était plus à faire fonctionner l’antique planche à billets, mais à une véritable industrie qui inondait l’univers de cet argent virtuel et sans valeur réellement évaluable. En réalité, il n’y avait même plus de billets ni de pièces en circulation depuis longtemps, plus rien que du virtuel, des alignements de chiffres clignotant sur tous les murs de toutes les bourses de la galaxie, des colonnes de chiffres qui envahissaient les ordinateurs, les écrans des palms, des récepteurs de World vision et de news boards. Le nombre, que les rebelles appelaient la « marque de la bête » et d’autres le « code-barres de la Chose » avait tout investi, des objets fabriqués aux plantes, des animaux jusqu’aux fronts et aux poignets des humains !

Seules, perdues au fin fond du Bechuanaland ou de la Mongolie extérieure, quelques peuplades perdues ou oubliées utilisaient encore de vieilles piécettes et de crasseux billets pour mener à bien leurs misérables transactions… En fait, John comptait sur des fluctuations d’ordre politique. Il était persuadé que d’un jour à l’autre tout pouvait changer en fonction des décisions prises par les différents gouvernorats. Si tout d’un coup, les princes qui dirigeaient Déliciosa décrétaient que la population de la planète était devenue trop importante pour les structures et l’environnement existants, d’un seul paraphe, ils pouvaient réduire le coût du billet de retour de cinq à dix fois. De même, s’ils voulaient accroître la population, histoire d’obtenir un remplissage optimum des hôtels et autres structures d’accueil, pouvaient-ils l’augmenter d’autant, voire plus et se garder ainsi une clientèle captive ! Mais pour l’instant, John ne s’en préoccupait guère. Une fois pour toutes, il avait décidé qu’il cessait de se soucier de l’avenir, de se faire du mouron pour pas grand-chose, la vie lui ayant appris qu’en définitive, personne ne maîtrisait rien. Maintenant, il ne vivrait plus qu’au jour le jour… Ici et maintenant… Carpe diem… Il était en route vers le paradis, bon sang !


Dans ce hall capitonné, tout était fait pour que les voyageurs de l’espace profitent d’une atmosphère douce, calme et détendue. Des diffuseurs de parfum embaumaient l’atmosphère. John crut reconnaître l’arôme caractéristique du tiaré à moins que ce ne soit celle du monoï. Enfin disons une odeur caractéristique des îles du Pacifique, mais il n’était pas trop sûr. Il y avait si longtemps qu’il ne respirait plus que les effluves pestilentiels des grandes conurbations tentaculaires que son métier l’obligeait à fréquenter. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population terrestre vivait dans les mégalopoles. La campagne ressemblait de plus en plus à un immense désert, de caillasses et de sable dans la zone chaude, de broussailles et de forêts dans la zone tiède…

Il remarqua également que les lumières étaient doucement tamisées. De temps à autre, une voix féminine très agréable et qui lui sembla humaine, car elle n’avait pas cette diction impersonnelle et monocorde des cyborgs, annonçait l’approche des phases d’embarquement… « Réduction temporelle transitionnelle dans deux minutes… Mesdames et Messieurs les passagers, tenez-vous prêts ! Chacune et chacun d’entre vous sera appelé personnellement. N’oubliez pas de composter votre billet avant de monter dans la « caps » de RTT. Merci… »

John S. Kwick ôta ses lunettes casque, les replia et les rangea dans un étui rigide de fort petite taille, puis il éteignit son boîtier à médias. Comme cet appareil ne tenait pas plus de place qu’un téléphone portable classique, il le glissa dans la poche de son pantalon.

« RTT dans moins d’une minute… » annonça la voix.

Et soudain, au fond du salon d’embarquement, deux panneaux se mirent à coulisser sur eux-mêmes révélant la présence d’un tapis roulant amenant une série de capsules de forme oblongue qui se présentaient bien sagement les unes derrière les autres. La partie supérieure de ces étranges « gélules » ressemblait à un cockpit de verre épais. La première personne appelée s’approcha, glissa son billet dans une fente de l’appareil ce qui entraîna son ouverture. Elle s’étendit à l’intérieur et attendit moins de trente secondes. Le capot se referma en coulissant lentement et la « gélule » disparut dans un étroit tunnel qui faisait immanquablement penser aux trappes par lesquelles apparaissaient les bagages après avoir voyagé dans les soutes des appareils.

Bientôt ce fut le tour de John. Il put examiner à son aise le petit engin. La partie inférieure se composait d’une sorte de barquette d’un matériau composite très dense qui se déplaçait sur coussin d’air. L’engin ne mesurait pas plus de deux mètres de long et de soixante-dix centimètres de large. À l’intérieur de cette cabine, une couchette de skaï rouge, moelleuse et préformée, semblait prête à épouser la forme du corps des voyageurs, les laissant presque allongés tout en permettant à la tête, au buste et aux jambes d’être très légèrement relevés, donc de se retrouver dans une posture de relaxation idéale. John s’installa confortablement et ressentit immédiatement une impression de plaisir et de bien-être, accrue là encore par des senteurs très suaves, des lumières particulièrement douces et un fond sonore de musique planante. Pourtant le traqueur n’aimait pas du tout être confiné. Il se savait un tantinet claustrophobe et se rassura en se disant que cela ne serait qu’un mauvais moment à passer…

Très vite, les deux parties du cockpit de verre blindé coulissèrent silencieusement l’une vers l’autre et se verrouillèrent dans un bruit étouffé. Une voix se fit entendre : « Veuillez placer vos bras et vos jambes le long des gouttières prévues et rester immobile dans cette position quelques très courts instants. Merci ». Il obéit et s’en voulut immédiatement, car quatre puissants bracelets se refermèrent sans attendre sur ses poignets et ses chevilles, l’immobilisant presque totalement.

« Nous sommes désolés de cette gêne passagère, mais pour que votre RTT se passe dans les meilleures conditions et ne donne pas lieu à des conséquences dommageables pour votre santé, vous ne devez absolument pas bouger pendant toute la durée de l’opération. »

Bien entendu, John s’agita. Il ne supportait pas d’être immobilisé ainsi. D’ordinaire c’était plutôt lui qui ligotait les autres…

— Passager John Slim Kwick, veuillez arrêter de vous tortiller sur votre siège… Si vous refusez d’obtempérer, nous allons être obligés d’ajouter une entrave, dit la voix qui restait parfaitement calme. John se dit que ce ne pouvait pas être celle d’une véritable femme. Ils n’arrêtaient pas de faire des progrès avec ces voix synthétiques, ils avaient failli l’avoir, mais cette absence de signe d’énervement dénonçait le robot ou le cyborg. Et comme il bougea encore une fois le bassin, une sangle supplémentaire se dégagea des deux côtés de son siège et vint enserrer très fermement sa taille. Cette fois, il ne pouvait plus faire le moindre mouvement.

La gélule poursuivit sa progression au-dessus du tapis roulant parcourant un étroit tunnel très sombre d’environ un mètre de section. On ne pouvait qu’être saisi d’une impression d’inquiétude aggravée par le fait que les lumières des capsules avaient beaucoup baissé ne délivrant plus qu’une lumière verdâtre, crépusculaire. Et la voix reprit assez lentement :

« Vous vous sentez fatigué, vos paupières sont lourdes, très lourdes. Vos yeux veulent se fermer. Vous ressentez une terrible envie de dormir… Vous détendez vos orteils, vous détendez vos pieds, vos chevilles, vos jambes, vos bras… » Et la voix détaillait une à une toutes les parties du corps en remontant lentement vers la tête. John n’eut pas de peine à comprendre qu’on essayait de le mettre sous hypnose. De nature à la fois trop rationnelle, mais aussi trop inquiète ou trop nerveuse, il se savait assez peu réceptif à ces méthodes de suggestion. Tous les hypnotiseurs qui avaient tenté de l’endormir ainsi n’y étaient jamais parvenus. Rien de mieux qu’un John Slim pour faire rater un numéro. Aussi peu médium que lui, on ne trouvait pas ! Et ce n’était pas une voix de robot femelle qui allait mieux y parvenir !

« Ça y est… C’est merveilleux. Vous dormez. Vous dormez profondément d’un sommeil reposant, profond, de plus en plus profond… Maintenant, je vais compter jusqu’à 3. Quand vous entendrez TROIS, vous serez totalement endormi, vous ne pourrez plus vous réveiller tant que ma voix ne vous le permettra pas… »

Mais John ne dormait toujours pas. Ces manigances l’énervaient au plus haut point. Il avait entendu dire que grâce à l’hypnose, certains pratiquaient même des opérations sans la moindre anesthésie, mais il se disait que cela ne pouvait fonctionner qu’avec des gens réceptifs, des médiums, pas avec lui. La capsule gélule était maintenant à l’arrêt complet. La voix compta lentement : « Un, deux, trois…Vous dormez ! » et se tut. Pour lui, cela n’avait absolument pas fonctionné… C’est à ce moment qu’il remarqua que les parfums diffusés dans la cabine devenaient de plus en plus puissants. Il avait même l’impression de flotter sur un nuage, d’être environné d’une atmosphère qui prenait peu à peu la densité d’une sorte de mousse légère. Petit à petit, son cerveau commençait à s’embrumer lui aussi. Il perdait un peu conscience de l’endroit où il se trouvait. Il eut juste le temps d’apercevoir l’énorme appareil dans lequel la capsule allait pénétrer. Il ressemblait à un cyclotron ou à une station d’examen par IRM comme on en trouve dans les hôpitaux. Quand la gélule fut immobilisée à l’intérieur, l’engin déclencha un énorme bombardement de faisceaux laser dans toutes les directions. John eut à peine le temps d’être complètement ébloui par une lumière d’une puissance inouïe lorsqu’il perdit enfin conscience.









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