Excerpt for Pour le pire et le meilleur, tome 1 : La promesse by , available in its entirety at Smashwords

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Pour le pire et le meilleur

Tome 1



La promesse



Par

Piko Lynna







Présentation :


Elle a fui pour vivre.

Il a promis de la tuer.

Elle a vécu le pire.

Il lui fera découvrir le meilleur.

Mia est une femme brisée

Salvatore est homme sans foi ni loi.

Ils n’ont rien en commun et pourtant...

© Piko Lynna, août 2017 — Tous droits réservés

Image : Pixabay

Couverture : @Piko Lynna

ISBN : 978-2-9562425-1-2



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Ce livre, entièrement gratuit, est téléchargeable sur internet.

J’ai fait le choix de ne pas envoyer ce texte à une maison d’édition et de le proposer en lecture libre.

Toutefois, les droits d’auteur m’appartiennent. Merci de respecter mon travail.

Merci de ne pas copier l’histoire, de ne pas la modifier et de ne pas la vendre.

Je n’ai aucune prétention. J’écris pour le plaisir et non pour en faire un métier ou pour gagner de l’argent, d’où mon choix.

Le texte n’ayant subi aucune correction de la part d’un éditeur, il se peut qu’il reste des fautes d’orthographe ou des défauts. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.



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Prologue

À l’instant où le véhicule dépassa le sien pour lui faire une queue de poisson, tous ses espoirs partirent en fumée.

Les doigts crispés sur le volant, Mia appuya de toutes ses forces sur la pédale de frein. Le crissement des pneus résonna à ses oreilles comme une sentence de mort. Ou peut-être pire.

Un coup d’œil sur le rétroviseur confirma ses doutes. Il n’était pas venu seul ! Comment en aurait-il pu être autrement ? Il ne se déplaçait jamais sans son escorte. Une autre voiture se mit en travers de la route pour l’empêcher de faire demi-tour.

Comment avait-il fait pour la retrouver aussi vite ? Des semaines de préparations et d’attente pour rien !

Tremblante de peur, elle regarda son mari marcher lentement dans sa direction. Un sourire mauvais incurvait ses lèvres. Un sourire qu’elle connaissait par cœur. Un rictus effrayant, annonciateur de sévices.

— Sors de là Chaton, dit-il en cognant sur le pare-brise.

Mia secoua la tête, tout en sachant pertinemment que plus elle mettrait du temps à obéir et pire serait la sanction. Elle avait beau comprendre que c’était foutu, elle ne pouvait pas abandonner. Elle s’accrochait à ces quelques secondes de liberté qui lui restait. Mia ne supportait plus cette vie. La seule idée de devoir retourner dans la prison qui était la sienne depuis six ans, était un véritable supplice.

— Ne m’oblige pas à répéter. Tu n’as pas envie que je m’énerve, n’est-ce pas ? Tout peut encore s’arranger.

S’arranger ? Comment les choses pourraient-elles s’arranger ? Sa vie était un calvaire ! Non, rien n’allait s’arranger. Jamais.

Un gémissement s’échappa de ses lèvres. Mia jeta un nouveau un coup d’œil dans le rétroviseur et croisa le regard de son fils.

— Tout va bien, mon chéri, lança-t-elle par habitude. Tu n’as rien à craindre.

Dans le même temps, un objet s’abattit sur la vitre arrière qui vola en éclats. Angelo poussa un cri. Mia tira sur la ceinture, se tourna pour lui venir en aide. Mais il était trop tard. L’homme qui avait brisé la vitre, ouvrit la portière, empoigna son fils et l’arracha du véhicule avant de s’éloigner.

— Non ! Laissez-le ! hurla-t-elle, en tendant le bras pour tenter de le retenir.

— Sors de cette putain de voiture, autrement je te promets que tu ne le reverras jamais.

— D’accord, répondit-elle, la voix remplie de sanglots.

Dès qu’elle posa les pieds sur le goudron, il la saisit par les cheveux et tira dessus pour ramener mon visage à quelques centimètres du sien.

— Pensais-tu vraiment pouvoir te barrer ? Espèce de conne ! Tu ne pourras jamais me quitter.

Tonio écrasa les lèvres sur les siennes et la mordit jusqu’au sang.

Mia ravala un cri de douleur. Rien ne lui faisait plus plaisir que de l’entendre pleurer, supplier ou hurler de souffrance. Avec le temps, elle avait compris que plus elle donnait de la voix et plus le châtiment durait. Les années lui avaient forgé une armure.

Tonio s’écarta enfin. Sans lâcher ses cheveux, il la traîna jusqu’à sa voiture et la poussa à l’intérieur tandis que ses gorilles amenaient son fils dans l’autre véhicule.

— Pourquoi faut-il toujours que tu fasses tout de travers ? Je t’ai sorti du ruisseau. Je t’ai donné mon nom, mon argent. Et toi, au lieu de me remercier et d’obéir comme je te le demande, tu passes ton temps à chercher les ennuis. Que vais-je faire de toi, Chaton ? Tu as de la chance que je sois dingue de ton corps, mais tu as besoin d’une bonne leçon pour t’enlever l’envie de recommencer. Tu m’as humilié. Ton comportement est impardonnable.

— Je suis désolée, murmura-t-elle d’une voix éteinte.

— Non, tu ne l’es pas, mais tu vas t’en mordre les doigts, répondit-il en caressant son visage.

Si son geste semblait doux, ce n’était pas le cas de son regard, qui lui, promettait mille tourments. Mia connaissait le risque et elle avait tout de même tenté sa chance. À présent, elle allait en payer le prix.

Durant le trajet, elle profita de ce court répit pour réfléchir. Une fois de retour, il serait trop tard. Elle devait trouver une solution au plus vite. Mia n’avait plus la force ni le courage d’endurer tout cela. Une idée folle effleura son esprit. Une idée qui mettrait un terme définitif à ces horreurs. Elle n’avait pas peur de la mort, au contraire, elle lui apparaissait comme une libération. Tout ce qui la retenait, c’était son fils. Son petit ange. La crainte qu’il devienne victime à son tour. Mais si Tonio décédait aussi, alors Angelo serait en sécurité et aurait la chance d’avoir un avenir meilleur.

Ses ongles s’enfoncèrent dans le cuir du siège tandis qu’un plan se formait. Si elle voulait réussir, il lui fallait agir calmement. Elle n’aurait droit qu’à un seul coup d’essai. Mia inspira lentement. Attendre le bon moment. Se jeter sur lui pour qu’il perde le contrôle du véhicule. Vu la vitesse à laquelle ils roulaient, il y avait peu de chance que l’un d’entre eux en réchappe.

Tonio était concentré sur la route. Tandis qu’elle le regardait, elle se demanda comment un si bel homme pouvait abriter un tel monstre. À le voir ainsi, avec ses cheveux blonds comme des épis de blé, ses yeux couleur azur, ses traits fins et chaleureux, on aurait pu lui donner le Bon Dieu sans confession. Le jour de leur rencontre, elle n’en croyait pas sa veine. Il était magnifique et paraissait si gentil ! Mia se disait qu’au vu de la situation, la chance était de son côté. Bien sûr, rien ne pouvait effacer le fait que son père l’avait vendue à un inconnu. Rien ne pouvait effacer le fait qu’elle allait être mariée de force alors qu’elle avait tout juste seize ans. Mais dans son malheur, elle avait cru, durant un instant, qu’il pourrait y avoir une bonne entente. Et pourquoi pas de l’affection. Quelle naïveté !

Les invités sitôt partis, la véritable personnalité de Tonio s’était révélée. Le monstre s’était jeté sur elle, sans la moindre pitié. Il avait arraché ses vêtements. Il l’avait battue, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus la force de se protéger. Puis il avait pris sa virginité en lui infligeant la pire des douleurs. Il l’avait violée à plusieurs reprises, l’avait réduite à un amas de sang et de souffrance.

Mia était devenue son esclave, son punching-ball humain. Cela faisait six ans qu’ils étaient mariés. Et pas un jour ne passait sans qu’il ne la frappe, l’humilie ou abuse d’elle. Les mots Chaton, pute, salope, avaient remplacé son prénom. Son corps était couvert de cicatrices qui toujours lui rappelleraient ce qu’elle avait subi.

Lorsque Mia était tombée enceinte, tout juste deux mois après cette union, elle avait cru bêtement qu’il se calmerait, mais il ne lui avait laissé aucun répit. Bien au contraire. Il l’accusait d’avoir fait exprès. Comment aurait-il pu en être autrement puisqu’elle ne prenait pas la pilule ? Qu’il n’y ait pas eu de nouvelles grossesses était un vrai miracle. À moins que les coups ne l’eussent rendue stérile. Elle s’était posé la question, mais que ce soit cela ou pas, c’est un mal pour un bien.

Angelo, son petit ange né d’un viol. Elle avait longtemps eu peur de ne pas pouvoir l’aimer. Ses cheveux étaient aussi blonds que ceux de son père, ses yeux aussi bleus, mais il incarnait son rayon de soleil. Mia s’accrochait à son innocence. À son amour.

Pour Tonio, elle ne représentait qu’un objet. Un bien qu’il avait acheté et sur lequel il avait tous les droits. Mia vivait prisonnière dans un appartement luxueux, d’où elle ne sortait jamais. Cloîtrée dans un lieu où il pouvait lui faire tout ce qu’il désirait et assouvir ses pires fantasmes, sans que qui que ce soit s’en inquiète. Ceux qui travaillaient pour Tonio ignoraient Mia dans le meilleur des cas, fermaient les yeux sur ce qu’il se passait ou prenaient part à ces jeux, comme Rosa.

Penser à cette femme lui donna la nausée. Mia détourna le regard pour se concentrer elle aussi sur l’asphalte.

La peur régressa, un sentiment de liberté l’envahit lorsqu’ils approchèrent d’une route en forme de lacet. Des falaises, des virages. C’était le moment.

Mia se redressa sur mon siège et inspira profondément. Elle posa la main sur l’attache de sécurité tout en surveillant son mari. Elle avait toujours entendu dire que dans les derniers instants on voyait défiler sa vie, pourtant, elle ne voyait rien de cela. Son esprit était totalement vidé comme si cette fin était une évidence. De toute manière, il n’y avait pas grand-chose à se souvenir. Tout n’était que noirceur.

Le véhicule s’engagea dans un premier lacet.

C’était maintenant ou jamais.

Mia pressa le bouton pour décrocher la ceinture. Aussitôt libérée, elle se jeta sur Tonio pour lui faire perdre le contrôle. S’était-il attendu à ce qu’elle tente quelque chose ? Toujours est-il que cet enfoiré anticipa l’attaque et n’eut aucun mal à la repousser. La voiture fit une embardée, mais garda la bonne trajectoire. La jeune femme tira sur son bras, tenta de le frapper au visage. Tonio lâcha le volant. Son poing se leva et s’abattit sur sa figure. La violence la renvoya sur mon siège.

— Garce ! cria-t-il. Tu ne peux rien contre moi ! Rentre ça dans ta petite tête.

Un rire effrayant retentit à l’intérieur de l’habitacle. Tonio sortit son arme et la posa sur ses genoux.

— Refais un coup pareil et je n’hésiterai pas à tirer. Toutefois, n’espère pas mourir. Juste une balle bien placée et sans danger, histoire que tu comprennes. J’ai payé un prix bien trop élevé pour une pute dans ton genre, alors je compte bien en avoir pour mon argent. Maintenant, reste tranquille !

Mia essuya le sang qui coulait de sa lèvre fendue. Tonio avait raison, elle était vraiment trop stupide ! Elle venait de laisser passer son unique chance de mettre un terme à son calvaire. Stupide aussi, parce qu’elle avait cru pouvoir se libérer. À présent, c’était bel et bien terminé. Si elle tentait quoi que ce soit, il mettrait sa menace à exécution, elle n’avait aucun doute là-dessus. Il n’hésiterait pas à tirer et ensuite il la battrait, même si elle était blessée. Il la prendrait de force, même à l’agonie. Parce qu’il était son maître, son bourreau et qu’il éprouvait grand plaisir à démolir. Elle finirait par mourir sous ses mains, elle n’en doutait pas, mais seulement quand lui l’aurait décidé.

Les larmes roulèrent sur ses joues. Mia posa son front contre la vitre teintée et laissa son esprit se retirer jusqu’à ce que la voiture se gare dans le parking souterrain de leur immeuble. Le véhicule où se trouvait Angelo ne tarda pas, ainsi que celui qu’elle avait volé à Tonio pour s’enfuir.

La portière s’ouvrit. Son mari la tira violemment à l’extérieur et lui donna un coup de pied dans les côtes quand elle tomba. Un des gardes ricana, les autres tournèrent la tête.

 Maman ! cria son petit bonhomme en se précipitant.

 Tout va bien. Tu as aimé la ballade ?

Angelo regarda son visage tuméfié d’une lueur étrange. Il ne semblait pas triste ou en colère, mais plutôt curieux. Parfois, Mia avait l’impression qu’il était comme une coquille vide. Du haut de ses cinq ans, il avait déjà vécu tellement d’horreurs ! Elle faisait de son mieux pour le protéger, mais il était trop souvent témoin des agissements de son père. Et puis comment être une bonne mère quand on pouvait à peine voir son propre enfant ? Tonio n’hésitait pas à utiliser son fils contre elle. À la torturer en lui interdisant de s’en occuper ou de lui parler.

Dès qu’elle se redressa, Tonio empoigna son bras, le tordit dans son dos et la poussa vers l’ascenseur. Mia ravala ses cris de douleur pour ne pas effrayer Angelo.

— Tu m’as fait assez perdre de temps comme ça. Bouge-toi !

Une fois à l’intérieur de la cabine, il ordonna à ses hommes de reprendre leur poste. Ce qu’ils s'empressèrent d'exécuter sans un regard pour la jeune femme. Tous savaient ce qui allait se passer et aucun ne lèverait le petit doigt. Personne ne l’avait jamais fait. Pas même son père.

Mia sursauta lorsque les portes s’ouvrirent directement sur l’appartement. Elle s’obligea à sourire, tout en traversant le hall d’entrée.

— Couche le gosse et dépêche-toi.



— Je voudrais qu’il soit mort, déclara Angelo d’un ton calme quand il fut dans son lit.

— Tu ne dois pas dire des choses pareilles, c’est ton papa et il t’aime beaucoup.

— Mais il te fait mal.

— Tout ira bien. Maintenant, dors et ne sors pas de cette pièce. Tu me le promets ?

— Oui.

 Très bien, tu es un bon garçon.

— Maman ? Appela Angelo alors qu’elle éteignait la lumière.

— Oui ?

— Je t’aime très très très beaucoup.

— Moi aussi, mon ange. Et encore plus que cela.


Mia retrouva son mari au salon. Évidemment, Rosa était également présente. Elle toisa Mia avec un dégoût évident, se pencha à l’oreille de Tonio pour lui murmurer quelque chose et éclata de rire avant de se diriger vers sa propre chambre.

Debout face au bar, Tonio but d’un coup sec son whisky et se resservit aussitôt.

— Tu en as mis du temps !

— Désolée.

— Est-ce que tu sais dire autre chose ? Désolée, ricana-t-il en l’imitant. Qui t’a donné le code de l’ascenseur ?

— Personne.

— Ne me mens pas ! Quelqu’un m’a forcément trahi. Alors tu vas tout m’avouer, comme une bonne petite épouse. Autrement, je te le ferais regretter.

Le verre vola à travers la pièce et s’écrasa à quelques centimètres de sa tête. Les éclats s’éparpillèrent dans ses cheveux, mais elle ne fit rien pour les enlever. Elle savait d’avance qu’il finirait par les empoigner pour lui faire mal, c’était idiot, mais l’idée qu’il puisse se couper lui apportait un peu de satisfaction. Ce ne serait pas grand-chose à côté de ce qu’il lui réservait sûrement, mais c’était mieux que rien.

— Qui t’a aidé ? Qui t’a fourni le code ?

— Personne.

Mia ne mentait pas. Personne ne l’avait aidée. Enfin pas depuis que Sonia avait été renvoyée. Grâce à elle, la jeune femme avait pu rentrer en contact avec sa demi-sœur, mais pour le reste, elle s’était débrouillée. Elle avait espionné Tonio chaque fois qu’il était parti, retenu les chiffres chaque fois qu’elle était parvenue à en découvrir un. Il lui avait fallu des semaines pour reconstituer le code dans sa totalité. Des semaines pour cacher ce dont elle avait besoin pour cette tentative de fuite.

Tonio avança droit sur son épouse. Ses yeux brillaient d’une lueur qu’elle connaissait bien. Le monstre était réveillé. Mia ne bougea pas, se contentant de baisser la tête. Il y a bien longtemps qu’elle avait compris que lutter, s’échapper ou parer les coups ne servait qu’à l’exciter. Elle attendit, tremblante de peur.

 Tu vas me faire croire que tu l’as trouvé toute seule ? demanda-t-il en éclatant de rire. Toi, avec ta petite cervelle d’idiote ? Crache le morceau Chaton.

La gifle partit. Violente. Puissante. Une seconde claque la propulsa contre le mur. Sa tête percuta la surface dure. Ses jambes chancelèrent. Tonio la rattrapa par les cheveux avant qu’elle tombe dans les fragments de verre. Il la frappa encore en hurlant.

— Donne-moi son nom ou je te brise les os un par un ! C’est qui ? Un de mes hommes ? Est-ce que tu l’as laissé te baiser pour qu’il me trahisse ? Oui, c’est ça, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qu’une salope dans ton genre pourrait faire, à part écarter les jambes ? Tu n’es qu’une traînée ! Une bonne à rien !

En plus d’être violent, Tonio était un jaloux maladif. Il était persuadé qu’elle le trompait à tout bout de champ. Sa folie n’avait aucune limite. Quand il était dans cet état, il n’était plus fichu de réfléchir. Même si Mia l’avait désiré, ce qui était impensable, avec qui aurait-elle pu faire une chose pareille ? Elle n’avait pas d’ami. Elle ne voyait personne et ne sortait jamais. Quant aux gardes ou n’importe quels employés, tous la traitaient avec mépris. Mia était bien incapable de coucher avec un homme, pas après tout ce qu'elle avait subi. Les relations sexuelles étaient synonymes de terreur et de souffrance. Plutôt mourir !

— Réponds !

— Personne. Ce n’est personne, je t’ai épié.

— Menteuse ! Salope ! Parle !

Les coups se mirent à pleuvoir. Tonio se déchaîna, n’épargnant aucune parcelle de son corps.

Quand elle fut à terre, il lui donna plusieurs coups de pied dans les côtes avant de reculer pour aller jusqu’au bar où il se servit à boire. Il sortit un petit sachet de sa poche. De la cocaïne. Une fois sous son emprise, sa violence augmenterait d’un cran.

Mia rampa jusqu’à un angle pour se mettre à l’abri, même si c’était inutile. Une fois ivre et défoncé, il reviendrait pour reprendre là où il en était.

Le corps perclus de douleurs, elle remonta les jambes contre sa poitrine et posa le front sur ses genoux. Le simple fait de respirer provoquait d’atroces élancements dans sa cage thoracique. Son poignet droit était sûrement cassé. Un liquide chaud coulait à l’arrière de son crâne, ainsi que de son arcade sourcilière, de son nez et de sa bouche.

Si la plupart des hommes violents faisaient en sorte de frapper là où les coups n’étaient pas visibles, ce n’était pas le cas de Tonio. Il cognait n’importe où, se fichant bien de savoir que le lendemain tout le monde pourrait la voir.


Une main se posa sur sa tête et caressa ses cheveux. Son corps se mit à trembler de façon incontrôlable.

— Vilain petit Chaton, regarde ce que tu m’obliges à faire. Lève-toi !

Mia obtempéra, mais pas assez rapidement au goût de Tonio, qui une fois de plus empoigna sa crinière pour la tirer avant de la maintenir sur les genoux.

— Non, finalement, reste comme ça, ordonna-t-il en déboutonnant son pantalon.

— S’il te plaît, supplia-t-elle, en pleurs.

— Ouvre la bouche ! Et montre à ton gentil mari quelle putain tu es.

— Pitié !

Tonio força le passage de ses lèvres et enfonça son sexe jusqu’au fond de sa gorge, prenant plaisir à la voir étouffer tandis que les larmes mêlées au sang coulaient sur ses joues. Mia aurait pu le mordre, mais elle n’en fit rien. Elle y avait souvent pensé, pourtant, chaque fois qu’il l’obligeait à faire cela, la peur la paralysait. Mia se détestait. Elle haïssait cette lâcheté qui la transformait en pantin docile.


Nue, face au miroir, Mia observa son corps couvert de bleus. Comme promis, il lui avait fait payer cette tentative de fuite. Comme promis, elle avait perdu toute envie de recommencer. Après l’avoir forcé à faire une fellation, il l’avait battue de nouveau avant de la violer. Son calvaire avait duré des heures. Elle avait dû attendre qu’il s’endorme enfin pour venir à salle de bain, prendre une douche et soigner les plaies.

La jeune femme entoura son poignet enflé comme elle put avec un bandage, car aucun médecin ne le ferait. Quelle que puisse être la gravité de ses blessures elle de se débrouiller. Jamais elle n’avait vu de médecin, ici, dans un cabinet ou un hôpital. Pas même lorsque sa grossesse était arrivée à terme. Elle avait couché seule, dans une petite chambre. Et aussitôt après, il lui avait arraché l’enfant sans lui laisser le temps de le voir. Il l’avait abandonnée et durant des heures, elle était restée dans la souillure, sans force et le cœur en miette. Persuadée qu’elle allait se vider de son sang.

Mia refoula les souvenirs pour se concentrer sur les soins. Son poignet était brisé, il n’y avait plus aucun doute. Ses doigts ne bougeaient plus, la peau était violacée, l’os formait un angle étrange. Elle retint un cri de douleur quand elle serra un peu trop. Si Tonio se réveillait, il pourrait encore s’en prendre à elle. Il ne lui restait plus qu’à prier pour que la fracture guérisse seule et sans séquelles. Prier. Quelle absurdité ! Si Dieu existait, alors il l’avait carrément abandonnée.

Mia fouilla ensuite dans l’armoire à pharmacie. Dans cet appartement, tout était fermé à clé pour qu’elle ne puisse pas y accéder. Tout, sauf ce petit meuble, comme s’il lui faisait un grand honneur en lui permettant de se soigner. Il contenait des bandages, des baumes et même du matériel de suture, mais aucun antidouleur, aucun médicament qu’elle aurait pu ingurgiter pour mettre fin à ses jours.

Mia passa de la crème sur les hématomes, posa des pansements sur les coupures profondes, puis rangea tout en prenant soin de ne faire aucun bruit. Tonio avait beaucoup bu. Il était complètement ivre. Il avait pris également de la drogue à plusieurs reprises, mais ce n’était pas ce qui l’empêcherait de la battre si elle le réveillait. Rien ne l’empêchait jamais.

Un son la fit sursauter. Une sorte de déflagration étouffée. Mia enfila un peignoir rapidement et ouvrit la porte de quelques centimètres.

Elle osait à peine croire la scène qui se déroulait sous ses yeux.

Malgré la pénombre, elle reconnut sans mal Angelo qui se trouvait devant le lit. Il était debout à côté de Tonio et tenait une arme pointée sur son père.

Mia quitta la salle de bain, le cœur battant à toute vitesse. Angelo fixait le crâne de son père sans la moindre émotion. Seigneur !

Affolée, elle se précipita vers lui et retira le revolver de ses petites mains. Il n’essaya pas de l’en empêcher. La jeune femme reconnut le pistolet muni d’un silencieux. C’était celui de Tonio. Celui qu’il avait posé sur le bar tout à l’heure.

— Il ne te fera plus jamais mal.

Elle jeta un coup d’œil sur le lit. Tonio était allongé sur le dos, les paupières fermées, l’air encore satisfait. Son front comportait un impact de balle. Un petit trou bien rond. Un petit trou qui la fascinait tout autant qu’il l’horrifiait. Un petit trou qui lui insufflait une bouffée de joie. Le sang coulait dans les cheveux de Tonio, s’étendait tout autour de sa tête, imbibant la taie d’oreiller et les draps.

Oh mon Dieu ! Angelo avait tué son propre père, par sa faute. Son fils de cinq ans était devenu un assassin à cause d’elle !

Tonio était décédé ! L’héritier d’un des plus puissants trafiquants était mort. Que se passerait-il quand son corps serait découvert ? Lorsqu’ils comprendraient que ce n’était pas une attaque ennemie ou un règlement de compte ?

— Mon ange, écoute maman, lança Mia en retrouvant son sang-froid. Retourne dans ta chambre et habille-toi, d’accord ?

— Pourquoi ? On a plus besoin de partir maintenant.

— On ne peut pas rester ici.

— On va avoir une nouvelle maison ?

— Oui, c’est ça. Tu te souviens du grand voyage dont je t’ai parlé ?

— Pour aller voir tante Julie ?

— Oui. Pour aller voir tante Julie. Alors il faut se dépêcher si on ne veut pas rater l’avion.

— Je peux emporter monsieur Ours avec moi ?

— Bien sûr. File, maintenant. Habille-toi et ne fais pas de bruit.

Quand Angelo quitta la chambre, elle nettoya l’arme pour enlever les empreintes de son fils, retira le silencieux et rangea tout dans le tiroir de la table de nuit. Avec un peu de chance, ils ne feraient pas tout de suite le lien.

Mia jeta un dernier regard à son mari, s’attendant presque à ce qu’il ouvre les yeux et éclate de rire avant de la traiter de tous les noms. Avant de se moquer.

Elle poussa sur son bras, mais rien ne se passa. Ses paupières restèrent closes.

— Sale enfoiré !

Mia recula, tourna les talons et se précipita à la salle de bain pour remettre ses vêtements.

Rosa était la seule présente dans l’appartement. Il fallait partir avant qu’elle ne donne l’alerte.

Mia espérait que la voiture n’avait pas été vidée. Tous ses papiers se trouvaient à l’intérieur, avec le petit bagage qu’elle avait réussi à emporter.

Chapitre 1

Deux ans plus tard. Los Angeles



— Alors, c’est ici qu’elle se cache ?

— Elle a aménagé il y a six mois. D’après les voisins, elle est plutôt discrète.

— Son fils est avec elle ?

— Oui.

— Petit ami ? Amant ? Mari ?

— Non. Personne ne lui connaît de relation. Elle bosse comme serveuse dans un restaurant et mène une vie très solitaire. Elle ne sort pas et n’a qu’une seule copine. Une certaine Emma, qui travaille avec elle. Sa demi-sœur vit à New York, elles se voient très peu, mais elles s’appellent régulièrement.

— Quand je pense qu’il nous a fallu tout ce temps pour la trouver alors qu’elle se planquait sous notre nez !

— Tu veux que je m’en occupe ?

— Non. Je vais le faire, je l’ai promis à mon oncle sur son lit de mort.


Salvatore passa la main dans ses cheveux bruns. Tuer ne lui posait aucun problème. Mais liquider une femme ? Certes, elle le méritait après tout, on ne trahit pas la famille, mais tout de même. Quelle idiote d’être venue s’installer dans son secteur ! S’était-elle crue en sécurité ? Cela paraissait invraisemblable. Sauf si ce n’était pas un hasard. Était-elle en mission ? Avait-elle pour ordre de s’infiltrer ? Pourquoi avoir choisi cette ville autrement ? Elle savait forcément dans quoi elle avait mis les pieds. Mais pourquoi impliquer son fils ? Pour l’utiliser ?

Deux ans plus tôt, elle avait tué son époux de sang-froid, volé des dossiers importants et de l’argent avant de disparaître.

Elle avait obligatoirement des complices. Qui l’avait aidée à quitter le pays ? Pour qui avait-elle trahi la famille ? Un amant ? Un ennemi ? Ses parents ? En tout cas, c’était bien joué.

Salvatore avait croisé Mia qu’une seule fois, le jour de son mariage. Il se souvenait de son regard apeuré, de ses traits juvéniles. Il n’avait pas compris que son cousin puisse épouser une adolescente et encore moins qu’un père puisse sacrifier son enfant de la sorte. Ce dernier avait passé un accord avec Tonio. En échange de Mia, son futur gendre remettait le compteur de ses dettes à zéro. Tout le monde paraissait ravi de cet arrangement, et après tout ce n’était pas son problème. Il avait donc gardé ses réflexions pour lui. Et puis la fille avait semblé sous le charme de Tonio. Était-ce une façade ? Jouait-elle déjà un rôle ? Si oui, alors c’était une sacrée manipulatrice !

Et maintenant, c’était à lui de nettoyer tout ce bordel. Dire qu’il avait accepté de venir vivre ici pour s’éloigner du clan. Les Di Marco avaient décidé d’étendre leur trafic hors de la France, il y a six ans et Salvatore avait profité de cette aubaine pour prendre ses distances. Cependant, il restait lié à sa famille et c’est la raison pour laquelle il avait été obligé de promettre à son oncle de retrouver Mia et de lui faire payer le meurtre de Tonio. Quelle poisse !


Salvatore sortit de sa voiture et fit signe à ses hommes de le suivre.

L’immeuble, haut de trois étages, se trouvait dans un quartier plutôt pauvre. Les quelques passants qu’ils croisèrent s’écartèrent à toute vitesse en les voyant. Il faut dire qu’ils ressemblaient tout à fait à ce qu’ils étaient : des tueurs.

L’appartement était situé au premier. Ils longèrent le couloir jusqu’au bout et s’arrêtèrent devant la porte. D’après James, qui la surveillait depuis une semaine, Mia avait fini son service deux heures plus tôt et était rentrée directement chez elle. À cette heure-ci, son fils devait dormir depuis belle lurette.

Pas un son ne provenait de l’intérieur. Aucune lumière ne filtrait.

Sans bruit, James s’empara de ses outils et fit sauter le verrou avec une facilité déconcertante.

Ils pénétrèrent dans le logement et se dirigèrent dans le noir en fouillant chaque pièce, ce qui n’était pas très compliqué vu sa taille.

Pourquoi habitait-elle dans un tel taudis alors qu’elle avait volé plusieurs millions d’euros ? Avec l’argent, elle aurait pu vivre comme une princesse jusqu’à la fin de ses jours. Cela ne collait pas avec l’image de la mante religieuse dont on lui avait dressé le portrait. D’après les employés de Tonio, Mia était une garce capricieuse, qui se vautrait dans le luxe et trompait son mari dès que l’occasion se présentait.

Un de ces hommes attira son attention en pointant l’index vers une pièce.

Salvatore avança sans bruit et s’arrêta net.

Mia était couchée sur le ventre, la tête tournée sur le côté. Sa longue chevelure châtaine s’étalait sur l’oreiller, tandis que quelques mèches lui barraient le visage. Les volets, qui n’étaient pas fermés, laissaient entrevoir les lumières provenant de l’extérieur.

Salvatore sortit son Glock et traversa la pièce. Il posa le canon sur la tempe de la jeune femme et appuya jusqu’à ce qu’elle se réveille.

Ses yeux clignèrent plusieurs fois, puis son minois blêmit lorsqu’elle prit conscience de la situation.

— Buona sera, Mia.

Elle se redressa d’un bond en tirant les draps pour se couvrir jusqu’aux épaules. Ses prunelles vertes fixèrent chacun des hommes avant de revenir sur Salvatore.

— Ne faites pas de mal à mon fils, supplia-t-elle, d’une voix tremblante. S’il vous plaît.

 Tu sais qui je suis ?


Mia secoua la tête. Non, elle n’en avait pas la moindre idée. Mais était-ce important ? Ils étaient là pour la tuer, c’est tout ce qui comptait. Pendant deux ans, elle avait vécu libre. Pendant deux ans, elle avait été heureuse. Mais au fond, elle avait toujours eu la conviction que ce jour arriverait tôt ou tard. Elle aurait aimé avoir plus de temps avec son fils. Construire suffisamment de bons souvenirs pour effacer les mauvais. Angelo ! Il n’avait plus de père, et à présent il allait perdre sa mère. À sept ans à peine, il avait vécu plus d’une vie entière de souffrance.

— Tu connais tout de même la raison de ma présence, n’est-ce pas ?

— Oui.

 Bien ! Avant d’en finir, j’ai quelques questions à te poser.

Quel gâchis pensa Salvatore en la regardant ! La jeune adolescente s’était transformée en une superbe femme. D’un mouvement de tête, il ordonna à ses hommes de sortir.

— Lève-toi.

Mia n’hésita pas une seconde. Elle recula vers le côté opposé du lit pour mettre de la distance entre eux et se redressa.

L’inconnu lui semblait familier. Il était grand, plutôt baraqué. Mais moins que les autres types. Ses yeux étaient bruns, ses cheveux presque noirs et sa peau halée. Elle fouilla sa mémoire en vain.

— Pour qui bosses-tu ?

— Je suis serveuse d…

— Non ! pas ce boulot ! Qui t’a payé pour tuer Tonio et à qui as-tu donné les dossiers que tu as volés ?

— Qu… Quoi ? Quels dossiers ? Je n’ai rien volé.

— Ne me prends pas pour un con. Écoute, torturer les femmes, ce n’est pas mon truc, alors répond à mes questions et je te promets une mort rapide.

— Je ne sais pas de quoi vous parlez. Je vous le jure !

Salvatore devait admettre qu’elle était une bonne actrice. Elle paraissait si innocente, si fragile. Hélas pour elle, il avait enquêté sur son compte. Il avait interrogé les employés de son cousin et savait donc à quel point tout était faux chez elle.

Sans la quitter du regard, il contourna le lit pour la rejoindre. La jeune femme blêmit davantage. Ses mains tremblaient, ses jambes semblaient sur le point de lâcher. Pourtant elle ne bougeait pas, ne tentait pas de fuir, ne criait pas. Elle avait accepté son sort et pour une raison inconnue, cette idée l’agaçait. Après tout ce qu’il avait entendu d’elle, il s’était attendu à se retrouver en face d’une guerrière sans cœur et prête à tout. Or, là, elle semblait sur le point de s’évanouir de frayeur. Mais peut-être était-ce un piège ? Avec son visage angélique, ses traits fins et son petit gabarit, elle semblait inoffensive. Mais la vérité, c’est qu’elle n’était rien de tout cela. C’était une garce, une tueuse.

— Promettez de ne pas faire de mal à mon fils, supplia-t-elle les larmes aux yeux.

— Angelo fait partie de la famille. Non seulement il ne risque rien, mais je l’élèverai comme mon propre enfant. Maintenant, accouche Mia. Ne m’oblige pas à utiliser la manière forte.

— J… je n’ai rien volé.

— Je vois.

Mia déglutit. De quoi parlait-il ? Elle n’y comprenait rien ! Des dossiers ? Quels dossiers ? Tonio traitait ses affaires dans son bureau et le fermait à clé. Elle n’y avait jamais mis les pieds et ne savait rien. Après avoir envoyé Angelo dans sa chambre, elle s’était habillée, avait pris un peu d’argent dans le porte-feuille de son mari et avait quitté l’appartement. Elle s’était enfuie en voiture, pour aller directement à l’aéroport où sa demi-sœur avait réservé deux places un peu plus tôt. Une fois à New York, elle s’était terrée jusqu’à ce que ses blessures soient guéries. Son poignet en gardait des séquelles. L’os, mal ressoudé, avait rendu son bras faible. Heureusement qu’elle était gauchère.

Une violente douleur au bas ventre lui bloqua le souffle. Mia se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas crier. L’homme venait de la frapper ! Des souvenirs de Tonio remontèrent à la surface. L’ancienne peur, qu’elle avait cru pouvoir oublier l’étreignit de nouveau.

Deux mains lui prirent son visage en coupe pour lui redresser la tête.

— Donne-moi un nom, Mia. Un seul nom et j’arrête. Est-ce que ce sont les Russes ? Est-ce qu’ils t’ont fait du chantage pour t’obliger à tuer ton mari ? Est-ce que c’est à eux que tu as remis les dossiers ?

La voix de l’inconnu était grave, profonde et chaleureuse à la fois. Avec douceur, il essuya les larmes, caressant la peau de ses joues avec ses pouces. Il approcha encore, collant son corps contre le sien.

— Donne-moi un nom, murmura-t-il au creux de son oreille, tandis que ses mains glissaient sur sa gorge.

Un sanglot de terreur lui échappa. Elle pouvait supporter les coups ou la mort. Mais s’il décidait de la violer…


— Patron, on a un problème !

Salvatore s’écarta de Mia et secoua la tête. Bordel ! Mais qu’est-ce qui lui prenait ? Il était censé la faire parler avant de la buter, pas plonger son nez dans sa chevelure pour s’enivrer de son parfum. Il était à deux doigts de l’embrasser. Cette femme était une sorcière ! Un vrai danger. Elle n’avait pas eu besoin de jouer de ses charmes pour l’ensorceler. Quel idiot !

— Quoi ? demanda-t-il, excédé contre lui-même.

— Le gosse est réveillé.

Mia le poussa de toutes ses forces et se précipita dans le salon avant qu’il puisse la rattraper. Lorsqu’il la rejoignit, elle se tenait devant l’enfant, prête à attaquer.

Se rendait-elle compte à quel point elle était belle ?

Vêtue d’un t-shirt moulant et d’un short minuscule, elle offrait un spectacle époustouflant. Petite, mince, avec des formes là où il faut. Ses grands yeux verts étaient menaçants, ses joues rougies. Son souffle saccadé relevait sa poitrine par à-coups. Le regard de Salvatore s’attarda sur ses jambes dénudées. Les sourcils froncés, il compta cinq cicatrices. Trois ressemblaient à des entailles réalisées au couteau, deux à des brûlures de cigarettes. Quelqu’un l’avait-il torturé ?

— Angelo, dit-elle d’une voix douce sans cesser de les surveiller, retourne dans ta chambre.

— Non ! Je ne les laisserai pas te faire du mal ! Je vais tous l…

— S’il te plaît, coupa-t-elle. Ce sont des amis, je n’ai rien à craindre, n’est-ce pas ?

Salvatore croisa les bras sur son thorax et hocha la tête, mais le gosse le fusilla du regard et tenta de passer devant sa mère.

— J’ai déjà tué, dit-il en bombant le torse.

— Ne l’écoutez pas, c’est juste un enfant.

Le teint livide, Mia plaça une main derrière elle et poussa son fils vers la chambre tout en reculant.

— Et tu as tué qui, petit ?

— Personne ! rétorqua Mia affolée. Je vais répondre à vos questions, mais laissez-le tranquille. Vous avez promis !

Jamais elle n’avait eu aussi peur de sa vie ! Elle était prête à raconter n’importe quoi, à avouer tout ce qu’ils voudraient, du moment où Angelo était en sécurité. Que lui feraient-ils s’ils apprenaient la vérité ? Tonio avait été un des plus puissants membres de la mafia. Le fils unique du parrain. Il était donc impossible qu’ils laissent le meurtrier vivant. Sa vie à elle ne valait plus grand-chose, mais elle devait protéger Angelo. Ne permettre aucun doute sur sa culpabilité.

Angelo entra dans la chambre, elle referma la porte et la bloqua, ignorant ses hurlements.


— Il ne faut pas croire ce qu’il raconte. Angelo n’a tué personne, il a trop d’imagination. J’ai été payé par les Russes, dit-elle à toute vitesse. Ils voulaient que je vole des trucs, alors je suis allée dans le bureau de Tonio, mais il m’a surprise alors je fouillais dans ses papiers.

— Tonio a été buté pendant son sommeil.

— J… je… Je l’ai séduit, puis j’ai attendu qu’il dorme et je l’ai assassiné avec son arme.

Elle mentait ! Il en avait la certitude. Ces propos ne collaient pas. Si Tonio l’avait surprise, comme elle le prétendait, jamais il ne se serait laissé amadouer. Son cousin avait été la pire des enflures. Salvatore l’avait vu à l’œuvre. Ce qu’elle racontait n’était pas logique, autrement c’est son corps qui aurait été retrouvé et non celui de Tonio.

— Très bien. Qui était ce Russe, Vladimir ?

— Oui, c’est lui.

— Est-ce qu’il était ton amant ? Est-ce que tu as agi par amour ?

— Oui, répondit-elle en baissant les yeux.

Cette fois, il avait la preuve qu’elle mentait. Vladimir, leur chef avait fêté ses quatre-vingt-huit ans. Ses trois enfants étaient morts et son seul descendant mâle était Andrei, son petit fils. Mais il n’aurait jamais eu d’aventure avec elle, pour la simple et bonne raison qu’il était homosexuel.

— C’est tout ce que je voulais savoir. Maintenant, approche.

Mia hésita quelques secondes avant d’obéir. À l’intérieur de la chambre, les hurlements s’étaient calmés. Elle lâcha la poignée et avança lentement vers son bourreau en se répétant que tout était terminé. Angelo serait en sécurité. Il grandirait. Il aurait une belle vie. Sans elle. Peut-être valait-il mieux. Au fond, elle n’avait pas été une bonne mère. Elle n’avait pas su le protéger.

Mia s’arrêta devant lui et fixa ses prunelles brunes.

— Est-ce que je peux connaître votre nom, avant de…

— Salvatore. Salvatore Di Marco. Je suis le cousin de Tonio.

Voilà pourquoi il lui semblait familier ! À présent, elle se souvenait de lui. Il était présent à son mariage. À l’époque, ses cheveux étaient beaucoup plus longs, son corps moins musclé.

— Merci. Prenez soin de lui, d’accord ? C’est un enfant adorable.

Salvatore souleva une mèche de cheveux et la fit passer derrière l’oreille de Mia qui tressaillit violemment. Elle se sacrifiait. Pourquoi ? Qui voulait-elle sauver ? D’après James, elle n’avait aucun amant et n’appelait personne en dehors de sa demi-sœur. Seul son fils semblait compter à ses yeux.

Angelo ! Celui-là même, qui s’était vanté d’avoir déjà tué. Bordel de merde ! Est-ce que c’était lui l’assassin ? Il avait cinq ans au moment de la mort de Tonio. Comment était-ce possible ? C’était de la folie pure ! Et dans ce cas, où étaient passés les dossiers et l’argent ? Les avait-elle volés pour détourner les soupçons ? Plus il réfléchissait et plus cette histoire semblait compliquée. Avant de faire quoi que ce soit, il devait avoir le fin mot, mais pas ici. Les voisins avaient sûrement entendu les cris du gosse et peut-être même appelé les flics.

Il fit signe à James qui sortit aussitôt une seringue de sa poche. Il avait bien fait d’être prévoyant. Ne sachant pas à quoi s’attendre, il avait emporté de quoi endormir son petit cousin. La dose était trop faible pour elle, mais elle serait dans les vapes, le temps de l’amener ailleurs.

James, placé derrière Mia, s’approcha sans bruit et planta l’aiguille dans la nuque de la jeune femme. Elle bondit par réflexe et secoua la tête pour lutter contre les effets de la drogue. Mia chancela en tentant de s’éloigner.

Salvatore la rattrapa alors qu’elle s’écroulait.

Au même instant, la porte de la chambre claqua contre le mur. Armée d’une petite batte de baseball, Angelo rua sur lui.

— Laisse ma maman tranquille !

Salvatore évita un coup de peu, sidéré par le comportement du gosse.

James vint à sa rescousse et souleva l’enfant après lui avoir retiré la batte.

— Lâche-moi ! cria-t-il en se débattant.

— Du calme ! Ta mère va bien.

Les paroles l’apaisèrent jusqu’à ce qu’il remarque le corps de Mia inerte.

— Tu l’as tué. Tu as tué ma maman !

— Non ! Elle est juste endormie. Regarde, elle respire. On va tous aller chez moi et pendant qu’elle se reposera, toi et moi parlerons un peu.

— Une discussion en hommes ?

— Oui, exactement. Tu es le chef de famille et d’après ce que je vois, tu prends bien soin de ta maman.

— Tu ne lui feras pas de mal ?

— Non.

Angelo sembla réfléchir quelques instants.

— D’accord.

— Très bien. Dans ce cas, en route.

Chapitre 2


Salvatore souleva Mia pour la sortir de la voiture. La jeune femme dormait profondément. Pas une seule fois durant le trajet, elle ne s’était réveillée.

— Je la monte dans la chambre d’amis. Va dans mon bureau avec le petit. J’arrive.

La nuit était bien avancée et Angelo semblait épuisé, mais Salvatore préférait l’interroger avant qu’il puisse parler avec sa mère. Il voulait connaître la vérité et non une histoire préparée.

Il grimpa les escaliers et traversa le couloir dans le noir.

Une fois dans la chambre d’amis, il allongea Mia sur le lit et la couvrit avant de redescendre.

Angelo était assis sur un fauteuil, le dos bien droit, les mains posées sur les genoux. Il y avait quelque chose d’étrange en lui. Peut-être son regard d’un bleu glacial ou l’expression de son visage qui paraissaient bien trop sévères pour un enfant de cet âge.

Salvatore s’installa derrière son bureau tandis que James restait en retrait.

— Il est très tard alors, ne perdons pas de temps. Tout à l’heure, tu as dit que tu avais déjà tué quelqu’un. Est-ce qu’il s’agissait de ton père ?

 Oui, répliqua Angelo sans la moindre hésitation.

 Mais tu n’avais que cinq ans ! Comment as-tu fait ?

— J’ai entendu ma mère aller dans la salle de bain, alors je me suis levé, j’ai attrapé le pistolet sur le bar et j’ai tiré sur lui.

— Et c’est tout ? Pourquoi as-tu fait cela, Angelo ?

Le petit garçon recula dans son siège et prit le temps de réfléchir avant de répondre.

— Il le méritait.

— Pourquoi ?

— Il faisait pleurer maman et je n’aime pas quand elle pleure. Après, elle a des bleus de partout et elle ne peut plus jouer avec moi.

— Tes parents s’étaient disputés ?

— Non. Mais papa n’était pas content parce qu’on était parti, alors il l’a frappée, puis elle a crié très fort quand ils étaient dans la chambre.

Incapable de parler, Salvatore lança un regard à James. Ce dernier traversa la pièce et se baissa devant Angelo.

— Est-ce que ton père la faisait souvent pleurer ?

— Tous les jours. Et Rosa aussi. Je voulais la tuer, mais maman a pris l’arme et m’a dit d’aller m’habiller.

— Rosa ? C’est qui ?

— Je ne sais pas. Elle habitait avec nous. Elle était toujours très méchante avec tout le monde, sauf avec papa.

— Il ne la faisait pas pleurer ? demanda Salvatore.

— Non. Pas elle.

— Tu l’as assassiné pour défendre ta mère ?

— Oui, répondit Angelo après une longue hésitation.

— D’accord. Et après, que s’est-il passé ?

— On s’est habillé et on est parti pour aller vivre avec tante Julie.

— Est-ce que tu te souviens si ta maman a pris quelque chose à ton père ?

— De l’argent, dans sa veste.

— C’est tout ? Elle n’est pas rentrée dans son bureau ?

— Non, elle n’avait pas le droit.

 Dernière question. Est-ce que quelqu’un t’a demandé de raconter cette histoire ?

— Non ! s’écria Angelo en se redressant. C’est vrai ! Il dormait, j’ai levé le pistolet et j’ai tiré sur sa tête pour qu’il arrête de sourire. Il avait un trou au milieu du front. Il le méritait.

— Très bien, souffla Salvatore décontenancé par l’enfant qui semblait fier de lui. Viens, je vais te montrer ta chambre.

Si ce que Angelo lui avait raconté était la vérité, il était dans un sacré merdier. Le gosse n’avait pas hésité à avouer le meurtre de son père. Pire, il n’en éprouvait aucun remords.

Salvatore avait juré sur son honneur de venger la mort de Tonio, mais comment pourrait-il faire une chose pareille après avoir entendu son petit cousin ? Tonio méritait son sort. Il aurait mérité une fin bien pire.

Certes, Angelo n’avait apparemment pas assisté aux violences et ses souvenirs s’effaçaient sûrement, mais le peu qui subsistait était effroyable.

Angelo avait tué son père pour défendre Mia. Pour qu’il cesse de la maltraiter. Comment lui en vouloir ? Comment venger la mort d’une ordure pareille ? Combien de temps avait duré son calvaire ? Que lui avait-il fait subir ? Et pourquoi personne ne l’avait-il secourue ? Les employés étaient forcément au courant, mais ils avaient fermé les yeux. Pire, ils n’avaient pas hésité à la décrire comme quelqu’un de vénal. Il se souvint des cicatrices sur les jambes de la jeune femme et serra les poings de rage. Putain ! Si son cousin était encore vivant, il l’aurait tué de ses propres mains ! Un homme était censé prendre soin des siens. Ne pas les faire souffrir en les torturant. Tonio avait manqué à tous ses devoirs d’époux. Pire, il avait sali l’honneur de la famille.

— Alors ? demanda James quand il revint dans le bureau.

— C’est la merde.

— C’est ce que j’ai cru comprendre. Que vas-tu faire ?

— Je n’en ai pas la moindre idée. Si je les laisse repartir, d’autres les trouveront et feront le travail. Vicente a mis un contrat sur la tête de Mia. Elle est foutue.

— Dans ce cas, garde là ici. Si elle est sous ta protection, cela m’étonnerait qu’ils osent l’attaquer.

— Tu plaisantes ? Et que fais-tu de ma parole donnée ? Quelqu’un doit payer pour la mort de Tonio. Que suis-je censé faire ? Abattre un gosse ? Sa mère innocente ?

James haussa les épaules.

— Ton oncle est mort, qu’est-ce qu’il en saura si tu ne la tues pas ? Et Lorenzo s’en fout royalement, il n’a jamais aimé Tonio. Ce n’était pas un secret. Le môme lui a rendu service, sans ça aujourd’hui il serait le sous-fifre de son frère et non le parrain. J’ai entendu comme toi ce que le gosse a raconté et elle a le droit d’être heureuse, tu ne penses pas ? Elle mérite de se sentir enfin en sécurité.

— Tu étais prêt à la tuer à ma place il y a moins de deux heures.

— C’est vrai et je le ferais si tu me le demandais, mais je l’aime bien. N’oublie pas que je l’ai suivie, surveillée continuellement. Si tu refuses, alors laisse-moi l’aider. J’ai de la famille à Cuba, je peux l’y envoyer avec de l’argent, en attendant une meilleure solution.

— J’ai besoin de faire le vide avant de prendre une décision. Le meurtre remonte à deux ans, tu ne trouves pas étrange qu’il s’en souvienne aussi bien ?

 C’est vrai qu’on oublie beaucoup de choses à cet âge, mais là, il y a de quoi marquer à vie. Tu crois qu’il ment ?

— Non. Mais je ne sais pas quoi penser de lui. C’est un gosse et pourtant… Laisse tomber. Rentre chez toi James, on verra ça demain.

— À vos ordres, patron ! ricana-t-il.


James avait un sixième sens pour lire à travers les gens. Et s’il se portait garant de la sorte pour Mia, alors c’est qu’elle en valait vraiment la peine. Ils étaient amis depuis toujours et James n’avait pas hésité à le suivre ici. Il était le seul en qui il avait confiance. Comme lui, James était d’un naturel méfiant et pas du genre à se laisser embobiner par une nana. Pourtant, Mia semblait avoir éveillé son instinct protecteur. Était-il sous son charme ? L’idée était franchement déplaisante sans qu’il comprenne ce qui le dérangeait. Après tout, ce n’était qu’une femme parmi tant d’autres et avec le bagage qu’elle se traînait, mieux valait garder ses distances. En même temps, la ramener chez elle, c’était la condamner. Quant à Angelo, il était de la famille, il protégerait son secret, il lui devait bien cela. Pauvre gosse ! Sept ans à peine et déjà une lourde expérience. Il n’osait imaginer ce qui devait passer dans sa tête. Plus il grandirait et plus il prendrait conscience de ce qu’il avait fait.


Salvatore quitta son bureau. Il avait besoin de sommeil. La nuit avait été longue.

Il se dirigeait vers sa chambre quand son regard fut attiré par une porte située juste avant la sienne. Il sortit une clé de sa poche et déverrouilla la serrure.

Mia était endormie. Ses sourcils étaient froncés, sa mâchoire serrée comme si elle était en train de faire un mauvais rêve. Incapable de se retenir, il lui caressa les cheveux et le visage. Le geste sembla l’apaiser. Son corps se détendit lentement.

Elle avait l’air si jeune ! Comment avait-il pu la traiter de la sorte  ? Ce n’était qu’une gosse quand elle l’avait épousé et malgré les années, ses traits gardaient une part de cette innocence.

— Plus personne ne te fera de mal, murmura-t-il avant de partir.


Lorsqu’il se rendit dans la cuisine le lendemain matin, sa mère était déjà attablée devant son petit déjeuner.

— Ciao, mamma. Come stai ?

— Bene, bene. Et toi, mon fils, comment vas-tu ? Tu sembles fatigué.

— Je n’ai pas beaucoup dormi. Dis-moi, que sais-tu à propos de Mia ?

— L’épouse de Tonio ? demanda-t-elle en évitant son regard. Pas grand-chose. Je ne l’ai vue que deux ou trois fois.

— C’est tout ? Il y avait pourtant de nombreux repas de famille, ce ne sont pas les occasions qui manquaient.

— Elle ne venait jamais. Pourquoi ces questions ?

— Je t’expliquerai tout après. Comment se comportait Tonio avec elle ? As-tu remarqué quoi que ce soit ?

Sa mère devint livide.

— Pourquoi ressasser le passé ? Tonio est mort.

— C’est important. Dis-moi tout ce que tu sais.

— Très bien. Ton père allait souvent chez ton cousin pour le boulot, mais il ne la voyait jamais. Nous étions persuadés qu’elle ne nous aimait pas, alors on ne faisait plus attention à ses absences. Un matin, après une réunion, il s’est aperçu qu’il avait oublié son portefeuille. Il a fait demi-tour et quand les portes de l’ascenseur se sont ouvertes, il est tombé nez à nez avec Mia. Elle a poussé un hurlement de terreur avant de s’enfuir, mais il eut le temps d’observer son visage. Couvert d’ecchymoses. Ton père a cru qu’elle avait été victime d’une agression. Il est allé voir Tonio dans son bureau pour lui dire qu’il était prêt à faire tout ce qu’il pouvait pour retrouver les responsables et leur faire payer, mais Tonio a balayé sa proposition d’un geste de la main.

— Et ensuite ? Que s’est-il passé ?

— Tu connais ton père, il a insisté alors Tonio s’est énervé, avouant à demi-mot la vérité. Quand ton père a compris que c’était ton cousin qui avait mis Mia dans cet état, il s’est rendu chez Vicente. Mais ce dernier n’a rien voulu entendre. D’après lui, ce n’était pas leurs affaires et Tonio avait sûrement une bonne raison pour agir de la sorte. Mia avait… une mauvaise réputation. Ton cousin se plaignait souvent de son incompétence en tant qu’épouse, mais surtout en tant que mère. D’après ses dires, elle ne s'intéressait pas à son fils et tout ce qui lui importait c’était ses dépenses. Personne ne doutait de la parole de Tonio et puis nous ne connaissions rien de cette gamine. Bref, ton père s’est tout de même fâché et a menacé de s’en prendre à Tonio s’il osait encore la battre.

Maria essuya les larmes qui coulaient sur ses joues.

— Ce soir-là, il est allé à son poker, comme tous les mercredis et…

— Attends ! Tu es en train de dire que cela s’est passé le jour où papa est mort dans la fusillade ?

— Si.

— C’était un coup des Russes, n’est-ce pas ? C’est ce que Vicente a toujours prétendu. Ils ont riposté deux jours plus tard en représailles.

— C’est ce qu’il a raconté. Mais…

— Mais quoi ? Bordel !

Les pleurs de sa mère redoublèrent. Salvatore contourna la table pour la prendre dans ses bras.

— Je suis désolé d’avoir crié, mais je dois connaître la vérité. C’est important.

— Tout ce que je peux te dire, c’est que Vicente et Tonio ont débarqué à la maison juste avant ton arrivée pour les funérailles. Ils m’ont fait comprendre que j’avais plutôt intérêt à la fermer. J’étais terrifiée. Je venais de perdre mon mari et je savais que si je t’en parlais, cela finirait dans un bain de sang. Je ne voulais pas enterrer mon fils unique. Alors j’ai gardé mes doutes pour moi. J’ai été lâche Salvo. Ton père aurait eu honte de moi.

— Mais non ! Tu aurais dû me confier tes craintes, mais je comprends tes raisons.

— À présent, explique-moi pourquoi tu me poses ces questions.

— Tu te souviens lorsque Vicente m’a convoqué, l’année dernière ? Il venait d’apprendre qu’il était condamné à cause de son cancer. Il voulait que je l’aide à régler ses affaires, mais ce n’est pas tout. Il m’a fait jurer sur l’honneur de retrouver Mia pour la tuer.

— Dio mio ! La pauvre enfant ! Tu ne peux pas faire une chose pareille ! Pas après tout ce qu’elle a subi.

— Je sais, mais il ne s’est pas adressé qu’à moi. Pour être sûr, il a aussi mis un contrat sur sa tête avec un million d’euros à la clé.

— Tu dois la retrouver avant eux et l’aider !

— Elle est là.

— Quoi ?

— Je l’ai ramenée à la maison cette nuit. Angelo et Mia sont ici.

— Bene ! Tu es un bon garçon.

— Et toi, tu es aveugle, dit-il en amusé.

Maria esquissa un sourire. Elle tapota affectueusement la joue de son fils et s’écarta en regardant au fond de la pièce.

— Oh ! Mais qui est ce grand gaillard ?

Salvatore se retourna et découvrit Angelo devant l’entrée de la cuisine. Il les observait d’un air perplexe et semblait hésiter à bouger.

— Tu as faim ? reprit Maria.

— Oui madame.

— Madame ? Il n’y a pas de madame ici ! Je m’appelle Maria. Installe-toi. Je vais te préparer de délicieux pancakes que tu pourras manger avec de la confiture ou du chocolat.

— Où est ma mère ?

— Elle dort.

Le garçon fronça les sourcils avant de fusiller Salvatore du regard.

— Elle est toujours levée avant moi. Je veux la voir !

— Prends d’abord ton petit déjeuner, tenta Maria. Les mamans ont parfois besoin de repos. Quand tu auras fini, nous monterons ensemble.

— D’accord.

Chapitre 3


Seigneur ! Ce qu’elle avait mal au crâne ! Et c’était quoi ce goût atroce dans sa bouche ? Était-elle en train de couver quelque chose ? Une sorte de grippe ? De la bile lui monta à la gorge. Cela ressemblait presque à une gueule de bois, sauf qu’elle ne buvait jamais, alors c’était impossible. Une fois lui avait suffi. Mia, poussée par ses amies, avait fêté ses quinze ans à la tequila. Si les souvenirs de la soirée restaient flous, il en allait autrement pour le réveil. Elle avait une telle gueule de bois, que cela avait suffi à la vacciner à vie. Et même sans cela, jamais elle ne serait soûlée alors que son fils était sous sa responsabilité. Elle avait vu trop souvent les effets dévastateurs de ce poison.

La jeune femme repoussa l’énorme couette qui lui tenait chaud et se tourna pour s’allonger sur le ventre. Une couette ? Depuis quand en avait-elle une ? Les souvenirs de la veille affluèrent d’un seul coup : Salvatore la menaçant avec une arme, lui donnant un coup de poing dans le ventre. La peur, le désespoir, l’acceptation. Elle avait cru que sa dernière heure était arrivée et pourtant…

Mia ouvrit les yeux et ravala un gémissement de douleur. Angelo ! Oh mon Dieu ! Où était son fils ? Et que faisait-elle dans cette chambre qui n’était pas la sienne ? Se demanda-t-elle en balayant la pièce du regard. Pourquoi était-elle encore en vie ? comptait-il la ramener en France pour la livrer au père de Tonio ? Cela n’avait aucun sens, Salvatore lui avait dit qu’il était là pour la tuer et qu’ensuite il élèverait Angelo. Alors que faisait-elle ici ?

Une pile de linge était soigneusement pliée au bout du lit. Les vêtements lui appartenaient. Mia enfila son jeans par-dessus le short qui lui servait de pyjama. Elle était sur le point de passer le t-shirt au-dessus de sa tête, lorsque la porte s’ouvrit.

— Maman ! cria Angelo en se jetant dans ses bras.

À ses côtés se tenait une femme qu’elle reconnut sans difficulté. Elle ne l’avait que deux ou trois fois, mais elle avait paru si gentille, que Mia n’avait pas oublié son visage chaleureux, son fort accent italien et ses grands yeux rieurs. Elle était donc de retour en France ? Elle se souvenait d’avoir été piquée avec une seringue. L’avaient-ils ensuite mise directement dans un avion ? Et dans ce cas, pourquoi n’était-elle pas chez Vicente ?

– Buongiorno Mia. Ravie de te revoir.

— Bonjour, Madame Di Marco.

La jeune femme serra son fils en enfouissant le nez dans ses cheveux. Les larmes lui montèrent aux yeux. Hier soir, elle avait vraiment cru qu’elle ne le reverrait plus jamais. Son petit ange. Le seul amour de sa vie.

— Aïe ! Tu me fais mal, maman.

— Désolée. Tu m’as tellement manqué !

Le garçon lui lança un regard étrange. Sans doute la pensait-il folle. Mia le relâcha, pour s’intéresser de nouveau à la femme qui était restée en retrait.

— Où sommes-nous ? demanda-t-elle d’une voix incertaine.

— Chez Salvatore, mon fils.

— En France ?

— Non. Ma pauvre petite, tu sembles toute chamboulée, mais tu n’as plus rien à craindre. Vous êtes à l’abri et Salvatore va prendre bien soin de vous.

Cette fois, c’est Mia qui regarda madame Di Marco de façon étrange. Salvatore l’avait retrouvée pour la tuer, pas pour prendre soin d’elle ! De plus en plus perdue, elle garda le silence en se triturant les mains.

— Je te ferai visiter la maison, mais avant, il faut manger. Tu es toute maigre !

Maigre ? La jeune femme baissa les yeux sur ses cuisses. Certes, elle n’était pas grosse, mais elle avait pris onze kilos depuis la mort de Tonio. Un des jeux préférés de ce dernier consistait à l’affamer, des jours durant, histoire de lui montrer qu’il disposait sa vie et détenait de tous les pouvoirs. Tous les placards étaient verrouillés, le frigo était muni d’une ouverture contrôlée par un digicode.

Tonio avait été son seul maître, décidant de l’heure à laquelle elle devait se lever, de son emploi du temps, du moment où elle devait se laver, se sustenter et même aller aux toilettes. Libérée, elle avait dû se réapproprier sa propre vie, prendre des résolutions et cela avait plus compliqué que prévu. Mais une fois la période d’adaptation passée, elle avait savouré chaque instant de liberté. Laisser traîner des objets dans son appartement. Manger n’importe quoi à toute heure du jour ou de la nuit. Toutes ces petites choses sans importance lui avaient donné un plaisir fou.


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