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Regards sur les masques africains

Jocelyne Gagné


Published by Jocelyne Gagné at Smashwords


Copyright 2018 Jocelyne Gagné


ISBN 978-2-9817651-0-9 (ePub)


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Droit d’auteur

Tous droits réservés – Jocelyne Gagné 2018

Ce livre numérique gratuit peut être reproduit d’une façon identique à des fins non commerciales.


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Table des matières


1. – Introduction

2. – Particularités du masque africain

3. – Circonstances d’utilisation et symbolisme

4. – Formes de base

5. – Matériaux

6. – Conclusion

7. – Bibliographie

8. – Illustration

9. – Auteure


1. – Introduction

Au printemps 2018, le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) présentait l’exposition D’Afrique aux Amériques: Picasso en face à face, d’hier à aujourd’hui. Lors de ma première visite, j’ai été totalement subjuguée par la variété et la beauté des masques africains. Bien sûr, j’en avais déjà admirés ailleurs. Mais ceux présentés au MBAM étaient d’une originalité sans borne. J’eus envie d’en connaître un peu plus. Je ne me doutais pas alors que j’allais entrer dans un monde aussi fascinant.

La revue publiée par le MBAM, M de mai à août/18, donne un aperçu de la richesse de l’art du masque africain. L’exposition tente de montrer l’influence de cet art sur certains peintres du XXe siècle, en particulier sur Pablo Picasso.

C’est à la fin du XIXe siècle, lors des conquêtes coloniales, que l’art tribal africain s’est fait connaître. La multiplication des explorations, l’essor de l’ethnologie et l’expansion des collections privées ont amené amateurs d’art et collectionneurs à jeter un regard intéressé à cette forme d’expression qui leur était inconnue. Ils n’ont toutefois conservé que le visage et la tête des artefacts. Costume et accessoires qui accompagnaient le danseur masqué n’ont pas été jugés assez «esthétiques», même s’ils jouaient un rôle essentiel dans les rituels des tribus. De ce fait, les dimensions sociales et religieuses en ont été exclues.

Les cubistes et les expressionnistes ont été particulièrement séduits car l’art africain s’éloigne de l’imitation de la nature et de la réalité telle que préconisée jusqu’alors. Les peintres les plus influencés seront Picasso, Matisse, Vlaminck, Braque, Derain, Nolde, Kirchner.

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2. – Particularités du masque africain

Le bois est le matériau le plus utilisé. Le choix de l’arbre est minutieux et prend souvent plus de temps que la fabrication elle-même. Le sorcier doit donner son aval; on offrira un sacrifice à l’âme de l’arbre. Le sculpteur, toujours un homme, ne fait pas une œuvre d’art : il fait un objet sacré, siège de la puissance de l’esprit.

Les formes utilisées sont traditionnelles, conformes à une iconographie bien établie, puisque qu’elles doivent être comprises par tous les membres de la tribu. Les frontières entre tribus étant peu poreuses, les influences sont rares. Chaque masque représente donc un type facial facilement reconnaissable par chacun, bien que ne représentant pas un individu en particulier. L’artiste jouit quand même d’une grande liberté puisqu’il aura à représenter des qualités supérieures telles la force, la sagesse, la vitalité.

Qu’ils soient destinés à une cérémonie particulière ou simplement au divertissement, les masques sont dotés d’un pouvoir concédé par les sorciers et les sociétés secrètes et obéissent à des lois rigides. Par exemple, un front bombé est signe de sagesse et de spiritualité; une coloration blanche évoque les spectres et les morts. Les masques s’inspirant d’animaux à cornes sont liés à la transmigration des esprits, à la sorcellerie et au culte des ancêtres.



Masque bovin. Côte d'Ivoire, Ji-Elle, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Les masques doivent être aussi terrifiants que magnifiques afin que «l’esprit» les habite. Le danseur, paré des autres attributs imposés, n’est plus un être humain mais bien «l’esprit du masque». Tout concourt à renforcer cette impression : les pas de danse, le son des tambours et des cloches, les râles, les sifflements, les vociférations. L’esprit peut être hostile ou bienveillant. Il a un pouvoir absolu, d’où une certaine déférence accordée au masque que l’on entrepose dans une case spéciale ou dans un lieu sacré.

Contrairement à l’artiste occidental, l’artiste africain n’est jamais en opposition avec la société et ses semblables puisqu’il reflète les traditions, les valeurs culturelles et religieuses de son ethnie. Il tente de s’assurer les bonnes grâces des esprits afin qu’ils les protègent, lui et les siens.



Carte du continent africain, SyntaxTerror, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Les principaux pays (principales ethnies) où on fabrique des masques sont:

- l’Angola (Bachokwé)

- le Bénin (Igbo)

- le Burkina Faso (Mossi, Bwa, Marka, Bobo, Gurunsi)

- le Cameroun (Ibibio, Cameroun, Fangs, Bassa)

- la Côte d’Ivoire (Dan, Ngéré, Gouro, Yaouré, Sénoufo)

- le Gabon (Fang, Kwélé)

- la Gambie (Diola)

- le Ghana (Ewe)

- la Guinée (Baga, Nalou)

- la Guinée-Bisseau (Baga, Bijago)

- le Liberia (Bassa, Grebo, Toma)

- le Mali (Dogon, Bambara, Gurunsi)

- le Nigeria (Yorouba, Bénin, Ibo, Ekoï, Owo)

- la République démocratique du Congo (Mahongwé, Luluwa, Yaka, Kuba)

- le Sénégal (Diola)

- la Sierra Leone (Gola, Mendé)

- la Tanzanie (Makondé)

- la Zambie (Chewa, Mbunda).

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3. – Circonstances d’utilisation et symbolisme

Les masques sont utilisés dans diverses circonstances: cérémonies d’initiation, rites de culte, passages des hommes d’un stade à un autre, célébration de la moisson, jugement de prisonniers, exorcismes ou divertissement. Même si certains sont terrifiants, ils ne doivent pas trop effrayer les enfants puisque c’est à travers eux que ces derniers apprendront la tradition.

La structure de la tribu et la nature de ses convictions religieuses évoluant très vite, il faut être prudent quant à l’interprétation qu’on en fait. Les principaux types d’esprits invoqués se divisent en quatre groupes:

- les ancêtres;

- les figures mythiques traditionnelles : dieux, rois, guerriers, héros;

- les génies de la nature: gibier, terre, astre, fleuve, montagne, pluie, fécondité, maladie;

- les génies ensorceleurs.

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4. – Formes de base des masques

On distingue plusieurs formes de base présentes chez toutes les ethnies.


Le masque facial

Le masque facial est le plus connu et le plus répandu. Ses attributs changent selon les intentions. Ainsi, les yeux sont carrés, rectangulaires, ronds ou de simples fentes selon que le regard se tourne vers l’intérieur de soi ou sur ce qui nous entoure.

Les oreilles sont stylisées car elles sont «la voix» des esprits et des ancêtres. Elles sont l’organe principal des civilisations orales.

Quant à la bouche, elle est parfois inexistante car on craint la puissance de la parole directe. On lui préfère la voix intérieure. En d’autres occasions, elle est démesurée et les dents en saillie. La bouche représente alors la toute-puissance de la parole des rois et des privilégiés.



Lwalu : masque facial mfondo, Zaïre, Ji-Elle, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Le masque-heaume

Le masque-heaume est fabriqué dans un bois taillé dans le sens de la hauteur puis évidé. La tête du danseur s`y introduit complètement. Ces masques sont souvent destinés au culte des morts.



Masque heaume anthropo-zoomorphe, Gabon, Domaine public, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Le masque-casque

Parfois confondu avec le masque-heaume, le masque-casque est posé sur la tête, comme une calotte. Le visage n’est pas dissimulé. Le masque-casque est relié aux événements sociaux, dont les rites d’initiation.



Masque casque Bobo-Musée barrois, Ji-Elle, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Le masque frontal

Moins répandu que le masque facial, on retrouve le masque frontal surtout au Nigeria et en Guinée, parfois au Cameroun et en Angola. Le masque frontal est posé en biais sur le front. Il exige du danseur une maîtrise totale de ses gestes étant donné sa longueur et son poids.



Masque frontal waniugo du nord de la Côte d’Ivoire, Bound8, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Le cimier

Le cimier se dresse sur le sommet du crâne grâce à un petit support. Il représente soit une tête d’homme, soit une tête d’animal, parfois les deux. Celui présenté ci-après a été créé par un sculpteur Bamana, du Mali, avant 1930. Il est fait de bois, de fibres végétales, de coton et de ficelle.



Masque cimier, Bamana, Mali, Ji-Elle, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Le masque-épaule

Le masque-épaule est en forme de buste, reposant sur les épaules du danseur. Il est très lourd.

Tous les masques peuvent être anthropomorphes (homme ou femme, parfois les deux à la fois), zoomorphes, (tête d’antilope, d’éléphant, de taureau, de crocodile, de singe, poisson, oiseau). Souvent, l’artiste jumellera les deux, en y intégrant des motifs abstraits. Les masques complètement abstraits sont rares, sauf chez les Dogon et les Igbo.



Masque d’épaule nimba, Mali, Domaine public, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


Les masques miniatures

Les masques miniatures sont des répliques à petite échelle des masques courants. On les porte à la ceinture, au bras, au coude, à la hanche ou sur la poitrine, comme un pendentif. Ils peuvent être en bois, en métal, en os ou en ivoire.



Masque pendentif Ébrié, Ji-Elle, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.


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5. – Matériaux utilisés

Les matériaux utilisés pour l’ornementation sont variés: chanvre, peau, perles, coquillages, métaux, fourrure, cheveux, dents, cornes d’animal, plumes, coquillages, perles de verre, fragments de porcelaine, clous, boutons, noyaux de fruits. Rappelons que les ornements ne cherchent pas à «faire beau»; ils sont là pour marquer la déférence et le respect que l’on a pour l’objet sacré. Le bois est le principal matériau de base. Différentes essences de dureté et de poids sont utilisées, l’ébène étant réservé aux masques destinés au commerce. Les créateurs emploient des outils simples: l’herminette à long manche, un couteau, une gouge. Une fois le masque terminé, ils polissent sa surface avec des plantes rugueuses et l’enduisent d’un mélange de sève et d’huile.

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6. – Conclusion

Cet ouvrage résume les principales caractéristiques des masques africains. Il n’en dévoile ni l’immense richesse symbolique ni les profondes subtilités. Pour cela, il faudrait connaître les mythes fondateurs de chaque tribu, de chaque ethnie. Certains spécialistes en ont fait un projet de vie. D’autres s’intéressent à l’influence de l’art africain sur l’art occidental.

On trouvera dans la bibliographie quelques suggestions pour approfondir le sujet. La Toile renferme d’innombrables sites montrant des collections de masques: on y fait de belles découvertes.

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7. – Bibliographie


Bleakey, Robert. Masques africains, Paris, Sté Nlle des Editions du Chêne, 1978, 5p. et 40 planches, ISBN 2 85 108 182 9.


Hahner-Herzog, Iris et al. Masques africains de la collection Barbier-Mueller: l’autre visage, Paris, Société Nouvelle Adam Biro, 1997, 287p., ISBN 2-87660-207-5.


Pagé, Pierre; Legris, Renée. Masques africains et culture québécoise, Montréal, Collection Ernest Gagnon (1945-1975) au Musée des Beaux-Arts de Montréal et aux Archives des Jésuites du Canada, Groupe Fides inc., 2015, 301p., ISBN 978-2-7621-3979-2.


M, La revue du Musée des Beaux-Arts de Montréal, de mai à août 2018, 37p.

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8. – Illustration

Le masque de la page couverture est une illustration produite par l’auteure à partir du Masque facial Ngbaka de la République démocratique du Congo, Ji-Elle, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.

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9. – Auteure

Jocelyne Gagné a travaillé dans le monde de l’éducation en tant qu’enseignante et conseillère pédagogique dans plusieurs écoles secondaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Maintenant retraitée, elle s’intéresse à plusieurs domaines des arts: peinture, musique, littérature. Elle a suivi plusieurs sessions de formation qui lui ont donné l’opportunité de donner libre cours à sa créativité dans plusieurs domaines: calligraphie et peinture chinoise, peinture sur soie, peinture acrylique, collages, fabrication de cartes de vœux, fabrication de bijoux, etc. Randonnées pédestres, visites d’expositions, concerts, lecture et voyages meublent aussi ses loisirs.

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FIN



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